HomeNewsSwissfundraising a 25 ans (I) – entretien avec le premier président : « Demander, remercier, accomplir : les enjeux sont restés les mêmes »

Swissfundraising a 25 ans (I) – entretien avec le premier président : « Demander, remercier, accomplir : les enjeux sont restés les mêmes »

25.03.2019

Il y a précisément 25 ans, Gerhard Grossglauser cofondait la Société Suisse des Professionnels de Fundraising (SSPF), ultérieurement renommée Swissfundraising. De la création en 1994 jusqu’en 2006, il en a également été le premier président. Il revient dans cet entretien sur le travail de l’association à ses débuts.

– Interview: Roger Tinner

Gerhard Grossglauser, le 31 mai 1994, neuf personnes se sont réunies à Berne, dans l’Erlachstrasse, pour l’assemblée constitutive de la SSPF (Société Suisse des Professionnels de Fundraising), aujourd’hui appelée Swissfundraising. Qu’est-ce qui avait motivé sa création à l’époque ?

Dans les années 90, l’objectif principal des organismes sans but lucratif était de toucher les donatrices et donateurs de la manière la plus directe possible et à moindres frais. Les procédures liées aux bulletins de versement, qui à l’époque s’utilisaient presque exclusivement au guichet postal, évoluaient et posaient notamment des problèmes récurrents. C’est pourquoi nous nous sommes rassemblés, pour négocier ensemble les frais et tarifs avec la Poste ou les spots avec la télévision. La création de l’association a donné une force nouvelle à la branche. Auparavant, les rencontres étaient rarement planifiées et l’on se retrouvait souvent lors de manifestations de la Zewo.

Quelle était l’ambiance dans le milieu du fundraising à cette époque ?

L’esprit de compétition des différents organismes était alors assez marqué. Mais en même temps, on pouvait se rendre compte que la concurrence est un moteur et un enrichissement. Il y avait moyen de mettre des choses en place avec certains collègues. Bruno Fäh était l’un d’eux.  Il faisait partie de la Ligue pulmonaire et était donc basé à Berne, comme moi. Il a d’ailleurs été le premier directeur de l’association, en parallèle de son activité principale.

Et toi, comment es-tu arrivé à la collecte de fonds ?

Au départ, je suis cheminot. En 1972, j’ai été nommé secrétaire – l’équivalent du poste de directeur aujourd’hui – de la Fondation Cerebral, après m’être engagé au sein d’une association de parents d’élèves parce que je me sentais personnellement concerné. À l’époque, la collecte de fonds entrait dans les attributions du directeur. Je reste d’ailleurs convaincu que la direction devrait toujours être impliquée dans le fundraising. Je me suis principalement formé sur le tas. J’ai rarement participé aux colloques à l’étranger, sauf peut-être une fois, à Amsterdam.

Tu as été élu premier président de l’association et tu es resté à ce poste jusqu’en 2006. Qu’est-ce qui t’a concrètement poussé à t’engager ?

D’une manière générale, je m’efforçais dans tous les domaines de coopérer avec les autres associations caritatives plutôt que de travailler contre elles. Et on ne peut obtenir de résultats que si l’on est soi-même prêt à mettre la main à la pâte. J’appréciais tout simplement de réunir les interlocuteurs, de les mettre en relation, d’être ensemble. Je suis reconnaissant d’avoir également pu le faire dans la collecte de fonds.

Quelles ont été les principales étapes de la constitution de l’association ?

Outre les échanges collégiaux et techniques, le principal enjeu était de renforcer la position des œuvres de bienfaisance et du fundraising par rapport à la Poste ou à la télévision. Nous disposions tout simplement de meilleurs atouts en nous alliant qu’en agissant isolément. À l’époque, nous nous engagions aussi en faveur de la branche ; la concentration sur la fonction d’association professionnelle date d’après ma présidence. Nous tenions beaucoup à ce que les prestataires ayant une longue expérience soient de la partie.

Qu’est-ce qui s’est avéré plus facile que prévu et, à l’inverse, plus difficile ?

Ce qui était simple, c’est qu’en cette époque pionnière, on « inventait » beaucoup de choses dans la collecte de fonds et qu’on pouvait les mettre directement en pratique. On innovait énormément, on empruntait de nouvelles voies qui ouvraient à leur tour des possibilités supplémentaires de collecte de fonds. Ce qui était compliqué, c’était d’admettre ses erreurs dans le fundraising et d’en tirer les leçons. Il a fallu pas mal de temps pour que se développe une culture de l’erreur, parce qu’il y a 25 ans, une erreur était vue comme un échec. Par la suite, il est devenu possible, lors des congrès, de mettre en évidence des erreurs, d’en discuter et d’en tirer des enseignements.

« Le futur nombre de membres est estimé à 200 », peut-on lire dans le compte rendu de création. Te souviens-tu du temps qu’il vous a fallu pour atteindre cet objectif ?

Cinq ou six ans. À la fin de ma présidence, on était passé à environ 400 membres. Notre estimation au moment de la création était donc assez juste. Par la suite, nous nous sommes aussi consacrés à la formation continue. Assez rapidement, nous avons mis sur pied un cursus de fundraising conjointement avec l’Institut pour le management des associations (VMI) de l’Université de Fribourg et son directeur, Prof. Robert Purtschert. Je l’ai d’ailleurs suivi pour enseigner au VMI par la suite. Cette formation, à laquelle se sont jointes des offres plus récentes, comme celle de la ZHAW, existe toujours.

Lors de la première réunion du comité, en juin 1994, vous avez noté vouloir créer un événement qui attire l’attention du public. Quand le premier congrès a-t-il eu lieu ?

Deux ou trois ans après la création de l’association, à la Schulwarte de Berne. Je me souviens que nous avons assez rapidement réussi à attirer des intervenant-e-s connu-e-s, comme Guido Zäch, de la Fondation pour paraplégiques. Au début, les manifestations attiraient 50 à 100 personnes. Elles étaient déjà le « rendez-vous du secteur suisse du fundraising », mais ce secteur était simplement plus modeste à l’époque. Par la suite, les congrès ont eu lieu deux fois par an : à Zurich au printemps et à Berne en automne.

Swissfundraising compte aujourd’hui plus de 750 membres et propose de nombreuses offres et manifestations, du SwissFundraisingDay aux séminaires, en passant par les groupes d’échange et les groupes spécialisés. Douze ans après ta retraite, tu es encore membre. Que penses-tu de l’évolution de l’association au cours de ses 25 ans d’existence ?

Globalement, je la trouve positive et en phase avec son temps. Quand je me rends à un SwissFundraisingDay, je n’y connais plus grand monde. Les jeunes y sont nombreux, comme aux groupes d’échange auxquels je participe. Je trouve que c’est positif, surtout que les plus jeunes discutent très ouvertement de leurs expériences de fundraising. L’association a évolué dans le bon sens. Je regrette juste un peu que, depuis pas mal de temps, l’assemblée générale n’ait plus lieu lors d’un congrès. Quand elle est tenue à part, peu de gens s’y rendent ; autrefois la participation était plus élevée. Dans l’ensemble, je souhaite que l’association conserve sa force actuelle ; il lui sera sans doute difficile de grandir davantage. Je suis ravi que le Swissfundraising Award soit maintenu et continue d’être décerné chaque année : il permet de mettre en exergue les succès et de les célébrer, c’est une motivation dans le travail quotidien.

Que penses-tu de l’évolution de la collecte de fonds en Suisse ?

Même s’il existe aujourd’hui de nombreuses disciplines spécialisées, du public fundraising à la collecte de fonds en ligne, en passant par le marketing des legs, le principe est resté le même : en tant que fundraiser ou ONG, je dois demander, remercier et accomplir. Ce sont des comportements profondément humains qui demeurent essentiels au succès des collectes de fonds. Il faut donc toujours être personnellement convaincu-e et aimer les relations humaines pour faire ce travail.


Portrait

Né en 1943, Gerhard Grossglauser a d’abord travaillé aux CFF, en dernier lieu au service juridique. Il a ensuite été directeur de la Fondation Cerebral à Berne de 1972 à 2006. Il a été le président de la Société Suisse des Professionnels de Fundraising (SSPF) de 1994 à 2006. Aujourd’hui en retraite active, il continue de conseiller des ONG et préside entre autres deux fondations donatrices.


Swissfundraising : créée il y a 25 ans

« Le montant de la cotisation (250 francs par an) ne doit pas rebuter, mais en même temps être fixé afin que seules les personnes réellement intéressées s’affilient. Le futur nombre de membres est estimé à 200 environ. » Voilà ce que stipule le compte rendu de création du 31 mai 1994 de la Société Suisse des Professionnels de Fundraising (SSPF), devenue par la suite Swissfundraising.

Une femme et huit hommes se sont à l’époque réunis à Berne pour fonder l’association et ont convoqué le premier comité dans la foulée : outre le président Gerhard Grossglauser, il comprenait Barbara Crole, Peter Franken, Sibylle Grosjean, Martin Hürzeler, Hildegard Jutz et Josef Lauber. Bruno Fäh a été nommé directeur (en parallèle de son activité principale).

En amont de la création, le groupe de travail avait rédigé un document cadre et des statuts. Le compte rendu précise que « l’anglicisme fundraising a suscité une brève discussion, mais que toutes les personnes présentes l’ont jugé adéquat ». Une définition de la notion de « professionnels de fundraising » a volontairement été omise. On peut lire à ce propos : « Une définition trop restrictive n’est ni souhaitable, ni nécessaire, puisque le comité décide dans tous les cas de l’admission de nouveaux membres. » Les fondatrices et fondateurs ont également pris une autre décision de principe : « En réponse à une question, il est expressément confirmé que la SSPF est également ouverte aux membres étrangers. »

Si, 25 ans plus tard, la cotisation annuelle n’a augmenté que de 40 francs, l’association compte désormais plus de 750 membres. Et Gerhard Grossglauser, son premier président, en fait partie, tout comme trois autres membres du comité initial.